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DÉCOUVRIR L'ALCAZAR
HISTORIQUE
Naissance de l’Alcazar
Par lettres patentes de Louis XIV en 1666 , l’agrandissement de Marseille représente la principale transformation de son urbanisme moderne. Il vise à créer une ville nouvelle vers l’est et vers le sud, en créant une enceinte et un nouveau réseau viaire, destinée à loger l’aristocratie marseillaise. Le Cours est tracé, et la promenade aménagée ainsi créée et bordée d’arbres , constitue une véritable articulation entre la vieille et la nouvelle ville.
La révolution française a un impact décisif sur la destinée de l’ilôt « Alcazar », occupé jusqu’alors par la congrégation de Saint Hommebon. La revente des biens , à partir de 1795, conduit à la destruction de leur église et à l’occupation du cœur de l’ilôt.
Dans les anciens jardins du couvent, s’installe l’Auberge Neuve, bâtiment cadastré divisé en 2 grandes salles reliées par une large ouverture.
Le Théâtre de l’Alcazar , inauguré le 18 octobre 1857, est bâti sur l’emplacement de l’Auberge Neuve, préalablement détruite. Il en reprend la forme.
Des débuts prometteurs
L’Alcazar lyrique ouvre ses portes le samedi 18 octobre 1857, sur le cours Belsunce, l’un des points les plus passants du centre-ville. Etienne Demolins, son propriétaire fondateur, l’a décoré en une « délicieuse fantaisie mauresque », faisant référence à l’Alhambra de Grenade . La salle peut contenir 2000 personnes, attablées, qui suivent le spectacle en buvant et fumant. En plus de la salle, l’Alcazar est organisé avec des galeries, un promenoir et un poulailler resté mémorable. Le jardin est aménagé de façon à permettre des fêtes nocturnes et des spectacles d’été.
Dans les années 1860, l’Alcazar Lyrique acquiert une réputation nationale, accueillant les gloires locales mais surtout les célébrités parisiennes. La réputation du public exigeant et frondeur ne tarde pas à s’affirmer.
A partir de l’été 1867, le préfet consacre les café-concerts comme des théâtres à part entière.
L’Alcazar devient , outre sa fonction première de café-concert, le haut lieu de la pantomime.
1873-1889 : Incendie et redémarrage
25 juin 1873, à minuit, alors qu’une représentation prend fin, le feu détruit rapidement l’Alcazar, sans faire aucun blessé ni dans le public ni parmi les artistes.
24 décembre 1873 : après seulement 4 mois de travaux, l’Alcazar rouvre ses portes, tout en gardant la même référence architecturale à l’Alhambra. Sa vocation de café-concert et de « conservatoire » de la pantomime lui permettent d’asseoir sa réputation et de devenir , à partir de 1882, un lieu prisé où défilent les meilleurs artistes du moment.
Entre 1887 et 1889, L’Alcazar ferme momentanément , à cause de la concurrence serrée avec le Palais de Cristal, situé aux Allées de Meilhan .
1889 : Création d’une entrée mythique
Le nouveau directeur, Louis Mollaret, créateur du Palais de Cristal, fait rénover l’Alcazar durant 2 mois et fait créer l’entrée principale sur le Cours Belsunce, telle qu’elle sera jusqu’à la fin : deux larges portes encadrant le célébre grand fronton coiffé d’une lyre avec l’inscription Alcazar.
Le 20 avril 1889, soir de sa réouverture, une foule énorme est au rendez-vous ; On doit refuser un millier de places. L’Alcazar reprend toute sa place, face au Palais de Cristal, avec lequel la rivalité durera longtemps, et face aux nombreuses autres salles qui ne cesseront de se créer.
Les vedettes partagent l’affiche avec des jongleurs , des danseurs de claquettes, des acrobates, des funambules,…
De 1897 à 1920, un nouveau directeur, Léon Doux, ami de nombreuses vedettes, marquera de son empreinte son passage à l’Alcazar.
De 1890 au début du conflit de 1914, un tournant est pris avec les célèbres « revues marseillaises », qui s’appuient sur des sketches en français mais aussi en provençal-marseillais. Elles célèbrent les personnages pittoresques, les lieux familiers, les évènements marquants des marseillais, avec des vedettes adulées et sur des histoires qui se déroulent dans le temps et emmène le public dans divers lieux.
Concurrence du cinématographe
Un spectacle nouveau , le cinéma, a fait son apparition peu avant 1900. Vingt ans plus tard, à la faveur de la guerre de 14-18, il s’impose comme un adversaire dangereux pour les salles de music-hall, qui lui cèdent la place peu à peu dans les années 1920.
Dans un premier temps, il est un complément des attractions, mais à la faveur de la guerre, il va s’imposer peu à peu, entrainant la fermeture de nombreuses salles de spectacle.
Jusqu’en 1920, l’Alcazar le programme, mais triomphe toujours avec les revues. Le nouveau directeur de l’établissement est Paul François Esposito, plus connu sous le nom de « Père Franck ».
En 1928, Marcel Pagnol lui adresse une pièce qu’il a écrite en pensant aux acteurs et aux revues de l’Alcazar : « Marius ». Sous l’impulsion du Père Franck, Pagnol rencontre Raimu et dirige sa pièce à Paris. C’est un succès énorme, qui va créer le « genre marseillais », dans tout le pays.
Pourtant , à partir de 1931, passé sous le contrôle de Justin Milliard , le music-hall du cours Belsunce se classe désormais parmi les salles obscures, avec des programmations de variétés ponctuelles . C’est l’occasion de débuter pour le jeune ténor Tino Rossi en 1933 ou pour Robert Ripa, et peu de temps avant la seconde guerre mondiale Yves Montand lors d’un concours de chant amateur « Artistica ».
Retour au music-hall
Après avoir été le plus souvent fermé pendant les années de guerre et d’occupation, l’Alcazar semble définitivement voué au cinéma, lors de sa réouverture en 1946.
Mais son nouveau directeur : Robert Trébor , en décembre 1949, va lui redonner ses lettres de noblesse en matière de music-hall pendant une douzaine d’années, et permettre à toutes les vedettes , des plus anciennes à celles montantes, de défiler à nouveau. Opéras et opérettes côtoient les revues marseillaises comme des « revues nues », les chansonniers et humoristes trouvent leur place parmi les festivals de jazz , les matches de catch , les concours de chant et autres marathons internationaux de danse.
Chronique d’une mort annoncée
Mais à partir de 1957, la concurrence de la télévision , l’émergence des voitures particulières qui amènent à déserter le centre ville , viennent s’ajouter aux difficultés financières.
Malgré l’aide de Georges Brassens , l’Alcazar est déclaré en faillite le 13 avril 1964.
Après 18 mois de fermeture, il réouvre une dernière fois, avec à sa tête deux nouveaux directeurs : Jean Renzulli et Albert Féraud. Une dernière programmation pour la saison 1965-1966 fait défiler tout ce que la scène nationale ou internationale comporte de vedettes : avec des artistes israelites, chinois, tunisiens, en passant de Eddy Mitchell à Claude François, de Barbara à Tom Jones,…
Peine perdue. Le 9 aout 1966, l’établissement programme sa dernière séance de cinéma, avec un titre symbolique « Pour qui sonne le glas », derrière laquelle se referment les portes de l’Alcazar, dans l’ indifférence générale.
Le hall de l’Alcazar sera transformé un temps en local de vente de meubles et de valises.
En 1969, les traces du passé de l’Alcazar vont s’évanouir, d’abord avec la disparition de Robert Trébor, puis avec l’incendie du sous-sol qui emporte plus de cent ans d’archives.
[d’après Pierre ECHINARD, « Vie et mort de l’Alcazar », Revue Marseille, n° 204, mars 2004.]
UN DÉFILÉ DE VEDETTES
Début du XXe siècle
En 1908, la revue « Li Sian Touti » affiche , aux côtés de Grinda, Danglard, Darbon, Charlus et Martel, le jeune Maurice Chevalier, avec sa compagne du moment Nine Pervenche (qui n’est autre que Fréhel).
Pendant la 1ère Guerre Mondiale, et jusqu’aux années 1920 : Sommet de popularité avec les Frères Fortuné ainé et cadet, Suzanne Chevalier, Andrée Turcy, Alida Rouffe, Marguerite Chabert, et Cloe Vidiane.
Dans les années 30 : le grand Vilbert revient de Paris pour créer l’opérette « Tartarinette », Andrée Turcy chante « Thérèse » , Henri et Blanche Poupon font jouer « Roseline » ou « Mon Oncle de Chicago ». Raquel Meller triomphe en 1928. D’autres noms apparaissent : Les Marc Sined (Marcel et Fernand Contandin, qui deviendra Fernandel), Tré-Ki, Doumel, Gorlett, Rellys, Réda Caire, Andrex, Lemercier, Marcel Véran ,…
Triomphe du genre marseillais dans toute la France avec la pièce « Marius » de Marcel Pagnol .
Charlie Chaplin vient féliciter dans sa loge de l’Alcazar le clown Grock, en avril 1931.
Les vedettes du moment : Fréhel, Berthe Silva, Raquel Meller, Mistinguett, Georgel, Amor et Mayol.
Mars 1933 : lancement du jeune ténorino : Tino Rossi, puis de Robert Ripa.
Peu de temps avant la seconde guerre mondiale : révélation d’Yves Montand avec « les Plaines du Far West » du compositeur marseillais Charles Humel.
Pendant les années de guerre et d’occupation : Darcelys, Fernand Sardou, Jean Leroy, Viviane Colin, Francis Linel, Jean Valenti, Fransined, …
Les années 1950 :
1950 : Coup de chapeau à Pagnol « Marius » et « Fanny » avec Mireille Ponsard, Jean Leroy et Marguerite Chabert.
1951 : « Paradis d’Allah » avec Réda Caire, « Rose de Marseille « avec Andrée Turcy, et « Ignace » avec Frébert.
Les premières têtes d’affiche s’appellent : André Claveau, Félix Leclerc, Roger Nicolas, Darry Cowl, Michel Legrand, Robert Lamoureux, Jacqueline François.
Des années 50 à 1964 : diversité des spectacles
Tout ce que le music-hall compte de vedettes va défiler :
Les anciens : Damia, Joséphine Baker, Henri Garat, Esther Lekain, Marie Dubas, …mais aussi les étoiles montantes : de Line Renaud à Dalida, en passant par Anny Cordy, Mike Mitchell ou Juliette Gréco, de Réda Caire, Charles Trenet et Tino Rossi, à Johnny Halliday, Eddy Mitchell et les Chaussettes Noires, Vince Taylor, en passant par Charles Aznavour, Sacha Distel, Marcel Amont, Henry Salvador ou Jacques Brel.
Des chansonniers et humoristes : Pierre Dac, Roger Pierre et Jean-Marc Thibault, Pierre-Jean Vaillard, Fernand Raynaud, …
Des festivals de Jazz avec Sidney Bechet, Lionel Hampton, Thelonious Monk , …
Automne 1965 – août 1966 : la dernière programmation

Tout ce que le music-hall compte de vedettes va défiler :
Les anciens : Damia, Joséphine Baker, Henri Garat, Esther Lekain, Marie Dubas, …mais aussi les étoiles montantes : de Line Renaud à Dalida, en passant par Anny Cordy, Mike Mitchell ou Juliette Gréco, de Réda Caire, Charles Trenet et Tino Rossi, à Johnny Halliday, Eddy Mitchell et les Chaussettes Noires, Vince Taylor, en passant par Charles Aznavour, Sacha Distel, Marcel Amont, Henry Salvador ou Jacques Brel.
Des chansonniers et humoristes : Pierre Dac, Roger Pierre et Jean-Marc Thibault, Pierre-Jean Vaillard, Fernand Raynaud, …
Des festivals de Jazz avec Sidney Bechet, Lionel Hampton, Thelonious Monk , …
Automne 1965 – août 1966 : la dernière programmation
La dernière saison 1965-1966 permet d’applaudir des artistes de tous horizons :
Des vedettes les plus anciennes : Lilian Harvey, Damia, Andrée Turcy, Fernand Sardou, aux plus récentes : Annie Cordy, Richard Anthony, Jean-Christophe Averty, Philippe Bouvard, Enrico Macias, …
Des artistes israéliens, tunisiens, chinois, mais aussi Eddy Mitchell, Guy Bedos, Claude François, Rika Zaraï, Hervé Villard, Michelle Torr, Nancy Holloway, Phillipe Clay, Barbara, Guy Marchand, Tom Jones , …
[d’après Pierre ECHINARD, « Vie et mort de l’Alcazar », Revue Marseille, n° 204, mars 2004.]
BIBLIOGRAPHIE
- L’Alcazar à livre ouvert , Revue Marseille , n° 204, 2004
- Cent ans de chansons à Marseille, Revue Marseille, n° 145, 1986
- Marseillaises, 26 siècles d’histoire, Les femmes et la ville, ouvrage collectif, Edisud , 1999
- Hélène Echinard (dir.), Marseille au féminin, le quartier Belsunce du Moyen-Age à nos jours, Autres Temps, 2006
- Emile Temime, Marseille transit : les passagers de Belsunce , Autrement, HS n°79, 1995
- Livre Hebdo, n° 547, mars 2004, p80-81
- Dominique Delgado et Yves Jeanmougin , Belsunce, mémoires d’hier et d’aujourd’hui, Edisud, Aix en Provence, 2000
- Christine Desmoulin, Adrien Fainsilber et Associés 1986-2002 , Editions alternatives, 2003
- Sylvie Mazella, Quartier Belsunce, le cœur excentrique, mémoire EHESS, 1990.